Changer la manière dont on voit la douleur chez nos chevaux

Trop souvent, on minimise l’impact que la douleur a sur nos chevaux. On minimise l’impact de notre entraînement, de nos méthodes, de nos aides car on est tellement habitué de travailler d’une certaine manière, on se ferme les yeux par peur de devoir changer nos habitudes car elles causent de la douleur à notre monture. On minimise l’effet qu’une saison de compétition a sur le corps de notre cheval et on en demande toujours plus, malgré les courbatures qu’il peut avoir. On minimise la douleur vécue par les juments dans leurs cycles hormonaux, et quand elles kickent ou mordent, on se dit que c’est normal, c’est une jument!

Une chose est sûre, les mentalités sont en train de changer là-dessus. Ce qui est une chose merveilleuse. Que ce soit parce que les nouvelles générations de cavaliers sont mieux formés, ou parce que les défenseurs des droits des animaux sont constamment sur le dos des rodéos et de l’équitation en général, peu importe la raison, il était temps qu’il y ait du changement. Il était temps que l’équitation devienne réellement un sport d’équipe, que les compétiteurs traitent leurs animaux comme des athlètes et non comme des machines à sous, qui peuvent courir sans arrêt pour essayer de gagner des bourses. En plus, on va se le dire, avec tout l’argent qu’on investit dans nos chevaux, même en gagnant des bourses, on reviendra jamais plus riches d’une compétition.

C’est pour ces raisons qu’il est important de changer la manière dont on voit la douleur chez nos chevaux.

CHANGER LA MANIÈRE DONT ON VOIT LA DOULEUR CHEZ NOS CHEVAUX

Changer la manière dont on voit la douleur chez nos chevaux, ça ne veut pas dire de seulement prendre ça plus au sérieux quand notre cheval se blesse ou quand il boite. Ça ne veut pas non plus dire qu’il faut se mettre à paniquer dès que notre cheval montre un potentiel signe de douleur. Ça veut dire qu’il faut être plus à l’écoute de nos chevaux, mieux les traiter, mieux les soigner et être plus à l’affût des changements subtiles dans leurs comportements, dans leur attitude et dans leurs mouvements.

Le problème avec l’anthropomorphisme

On a tendance à traiter nos chevaux de la même manière que l’on traite les êtres humains. Parfois, on va penser qu’un cheval qui fouette de la queue pendant un run le fait car il est excité au lieu de penser qu’il a peut-être une douleur au niveau du dos. On va penser qu’un cheval secoue sa tête dans le manège rond pour lâcher son fou, plutôt que de penser à une vertèbre coincée dans son cou. On va penser qu’un cheval qui traîne de la patte le fait pour ne pas avoir à travailler ce jour-là, plutôt que de penser qu’il est courbaturé ou qu’il a une douleur cachée. Bref, vous comprenez où je veux en venir. On attribue des émotions ou des comportements « humains » à nos chevaux car on les voit comme des membres de la famille : c’est ce qu’on appelle l’anthropomorphisme.

Le problème avec ça, c’est que nos chevaux sont des animaux, et donc évidemment ils ne ressentent pas les mêmes émotions et n’ont pas les mêmes comportements que les humains, mais ils sont également des proies, ce qui veut dire que lorsqu’ils ont mal, ils le cachent autant que possible. Donc, lorsque notre cheval démontre des signes de douleur, c’est signe que la douleur est telle qu’elle ne peut plus être cachée. Ce serait le moment pour nous de déceler cette douleur, de l’identifier et de la traiter, et non de lui attribuer une caractéristique humaine pour l’expliquer et oublier que ce pourrait être un problème.

Le problème avec notre vision actuelle

Voici un texte que j’ai vu passer sur les réseaux sociaux et qui m’a beaucoup interpellée. Je l’ai traduit pour l’inclure dans cet article :

« Ne vous inquiétez pas, ça ne lui fait pas de mal! »

« Les chevaux ont la peau beaucoup plus épaisse que nous et ils se battent dans le champ donc rien que l’on puisse leur faire ne sera aussi douloureux que ça! »

« Ce sont des gros animaux, ils vont être correct! »

Beaucoup d’entre nous ont commencé à travailler avec les chevaux avec un certain inconfort avec la rudesse/la brutalité que l’on nous a appris. Nous n’étions pas confortables avec le fait de frapper ou avec les coups de pieds mais on nous a dit de ne pas nous en faire avec ça et que rien que l’on puisse faire ne causerait de douleur au cheval.

Faux.

Ces justifications ne sont que des moyens de se détourner de la responsabilité que l’on a envers nos actions. Il n’y a aucune preuve disant que les chevaux ressentent moins de douleur que les humains, en fait, toutes les études qui ont été faites disaient que leur peau est plus mince que celle des humains. Les chevaux se mordent ou se frappent PARFOIS dans les champs mais avec une bonne dynamique de troupeau, les chevaux communiquent principalement par des avertissements et se touchent rarement. Les chevaux parlent le même langage entre eux et peuvent donc communiquer clairement et en contexte de leurs actions contrairement à ce qu’ils peuvent interpréter de nous parce qu’ils savent que nous ne sommes pas des chevaux.

Ne laissez personne vous faire sentir mal car vous êtes « douillet » quand vous exprimez votre inconfort avec la manière dont les chevaux peuvent être traités. Être empathique et sensible aux sentiments d’un autre être, surtout un qui ne peut parler pour lui-même, est un excellent atout et vous devriez en être fier. Ce n’est pas quelque chose dont il faut avoir honte, c’est un signe de votre bon cœur et peu importe qui essaie d’éteindre cet aspect de vous le fait pour essayer de justifier ses propres actes de rudesse ou de brutalité. Gardez cette douceur. Utilisez la pour aiguiser vos compétences en tant que cavalier.

Être patient, empathique et bienfaisant est quelque chose qui va vous être utile dans toutes les sphères de votre vie, mais encore plus avec les chevaux. Vous ne pourrez jamais réussir à calmer un cheval apeuré en lui faisant encore plus peur. Parfois, nous avons seulement besoin d’un peu de confort, de douceur et de compréhension.

Pris sur la page Facebook de Milestone Equestrian.

Ça résume bien ma pensée sur le problème avec notre vision actuelle. On nous a appris à kicker, à whipper, à être rough parce qu’on doit être le boss et ne pas laisser le cheval gagner. On nous a appris que ce sont de grosses bêtes qui ne ressentent pas la douleur autant que nous et qu’ils ont besoin d’être remis à leur place parce qu’ils doivent nous obéir. Je généralise, mais bon. Le problème avec tout ça, c’est qu’on créée des gens qui croient devoir agir comme un bourreau plutôt que comme un partenaire. Ça créée des gens qui prennent leurs chevaux pour des machines et non comme des animaux sensibles, qui les voient comme un outil et non comme un égal. Et c’est ce qu’on doit changer.

L’importance du bien-être animal

J’ai parlé du bien-être animal dans la course de barils dans mon précédent article sur les tests anti-dopage. Je vous suggère fortement d’aller y jeter un oeil, puisque c’est assez complet, mais tenez compte que c’est axé sur la course de barils et non sur l’équitation en général.

L’équitation est un sport magnifique, qui peut être pratiqué dans le respect total de l’animal et de son bien-être. Ça devrait être la base de l’équitation : savoir reconnaître le langage du cheval, savoir comment l’approcher, comment interagir avec lui, comment le respecter autant au sol qu’en selle. On devrait apprendre toutes ces bases même avant de mettre un pied dans l’étrier. J’aime beaucoup la philosophie de Rose-Alie St-Hilaire à ce sujet. Elle le détaille dans ce podcast, je vous suggère d’aller l’écouter! Même si en pratique, il n’est pas toujours possible de commencer à zéro avant de monter en selle, je crois qu’il y a un gros manque au niveau de l’apprentissage du cheval avant l’apprentissage de l’équitation. C’est quelque chose qui aiderait beaucoup à améliorer le bien-être animal dans l’équitation de loisir et de compétition.

Les chevaux sont la base de notre sport, ils sont l’élément clé nous permettant de vivre notre passion. Leur bien-être devrait donc être la priorité numéro un de tous les cavaliers, point final.

C’est tout pour mon article sur le fait de changer la manière dont on voit la douleur chez nos chevaux. J’espère vous avoir fait réfléchir, vous avoir ouvert les yeux sur certaines choses et vous avoir aidé à mieux comprendre la problématique que nous avons dans le domaine. Laissez-moi savoir vos opinions dans les commentaires!

Je vous laisse avec un article intéressant qui m’a également servi de source :

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