Les problèmes de chute : Mon parcours et mes conseils

J’ai hésité longtemps à publier un article là-dessus. Après des années d’acharnement et de persévérance, de déception et de découragement, mais enfin de victoire et de fierté, je me sens enfin bien placée pour parler de ce sujet tellement sensible et complexe.

Bien que je ne nous considère pas sortis du bois, mon cheval et moi avons énormément progressé et avons quasiment vaincu nos problèmes de chute. Quelques personnes m’ont approchée pour me poser des questions et savoir comment j’ai fait pour me rendre là. J’ai donc décidé de faire un article détaillant absolument tout : notre histoire avec la chute, nos difficultés, nos réussites et chaque chose que j’ai essayée qui a fonctionné ou non.

J’espère que cet article sera instructif sur la réalité de dealer avec un cheval anxieux qui n’aime pas la chute et que ça aidera ceux qui vivent la même chose. Voici donc le parcours de Saphir et moi avec la chute! Notez que cet article sera assez long, mais je veux qu’il soit aussi complet que possible.

LES PROBLÈMES DE CHUTE : MON PARCOURS

Avant de commencer, je tenais à mentionner que mon expérience peut être similaire ou non à la vôtre, mais il s’agit simplement de ma propre expérience en tant que cavalière. Je ne suis pas entraîneure, ni vétérinaire, ni coach, ni toute autre spécialiste du cheval, donc mes conseils et mon parcours ne sont peut-être pas ce que les spécialistes vous recommanderaient. Je vous recommanderais moi-même de vous tourner vers un professionnel bien avant de vous fier à mon expérience! Mais en lisant ce que j’ai vécu et ce que j’ai fait pour briser le cercle vicieux, j’espère que vous vous sentirez moins seul et que vous aurez la motivation d’aller à la source du problème, En bref, je tiens à vous décrire mon parcours afin que vous puissiez vous faire une meilleure idée et pour voir si ça vous correspond ou non, pour vous aider à trouver des pistes de solution.

Mon cheval et moi avons commencé notre parcours dans les compétitions de gymkhana en 2015. Bien que ce soit loin, j’ai en mémoire nos performances et j’ai aussi plusieurs vidéos pour m’aider à me rappeler de tout ça.

2015

Nos premières compétitions n’ont pas été fameuses, mais faut bien commencer quelque part. Non seulement je rentrais à pied dans la chute avec l’aide d’une amie, mais c’était aussi la catastrophe une fois dans le ring. Saph était super nerveux et manquait clairement d’expérience. Il avait 7 ans à ce moment-là et n’avait pas sorti beaucoup de son champ, donc il faut lui pardonner.

2016

Amélioration pendant cette année, dans ce temps-là je faisais plusieurs classes (barils, tour de ring, aller-retour, trou de serrure, relais) et Saph rentrait bien au début et se « crinquait » plus le weekend avançait. Cette année là, j’ai réussi à entrer dans la chute au Ranch Gagnon avec l’aide d’une personne à cheval, c’était notre première fois là-bas ensemble. Les chutes de rodéo étant plus impressionnantes qu’en gymkhana, ce fut une petite victoire.

2017

Notre pire saison à vie je dirais, toujours ou presque de la misère avec la chute et dans le ring. Une seule belle go dont je peux me rappeler! On a eu une compétition en particulier où ça s’est vraiment mal passé pour la chute, Saph devenait complètement tilté et reculait sans vraiment regarder et a fini par foncer dans un autre cheval (sans blessure ou rien mais bref). À cette compétition, c’est la SEULE fois où je me suis fâchée et que j’ai été brasser Saph comme pour le punir. J’ai agit sous l’impulsivité et la colère et j’ai encore cette crotte sur le coeur aujourd’hui, la honte que j’ai ressentie m’a permis d’apprendre et de ne plus JAMAIS refaire quelque chose du genre. En gros, j’ai vu noir et au lieu de prendre du recul et me calmer, j’ai laissé mes émotions prendre le dessus. Apprenez de mon erreur et utilisez votre cerveau avant de laisser la colère passer aux commandes. On a tout de même fini la saison avec deux belles entrées dans la chute et des belles go au dernier show.

2018

Malgré encore un peu de difficulté pour la chute, mais aussi dans le ring, il y a eu une bonne amélioration vs l’année précédente. On a même fait les finales dans l’aller-retour 2D et on a fini champion réserve cette année-là!

2019

ÉNORME amélioration lors de cette saison. J’ai commencé à utiliser un masque Hidez cette année-là, et bien que certains croient que ce soit un effet placebo ou bien que ça fait rien du tout, je suis certaine que ça a eu un effet pour Saph. Il était plus détendu dans le trailer quand il l’avait et j’ai eu beaucoup moins de difficulté dans la chute, c’est la première saison où je pouvais me laisser aller à pousser un peu et à être compétitive plutôt que de me demander si Saph allait entrer dans le ring. On a fini la saison champions de l’aller-retour 2D.

2020

En 2020, on a participé à un seul jackpot et j’ai rentré à pied. On aurait sûrement eu une meilleure saison si ce n’était pas de la pandémie!

2021

Je n’ai pas compétitionné avec Saphir en 2021 vu sa fourbure au printemps.

2022

J’ai compétitionné la moitié de la saison dû à une blessure de Saphir en juillet. La saison n’a pas trop mal commencé, mais on s’est essayé d’aller au gymkhana du rodéo de Sainte-Catherine. Malheureusement, c’est la seule chose que ça prenait à Saph pour retrouver ses problèmes de chute. Les shows suivants ont été difficiles pour le moral pour moi, j’ai dû rentrer à pied plusieurs fois, et on a finit la saison avec une amélioration puis une déception. Mais je repartais la tête haute pour la saison suivante.

2023

Cette année, on a changé du tout au tout. Autant au niveau physique que mental, Saph et moi avons fait un pas de géant pour la chute. Un seul show où on a dû s’ostiner un peu, puis aucun problème jusqu’à maintenant! Ça fait tellement du bien de se sentir complètement sur la même longueur d’onde que son cheval et d’enfin pouvoir performer au top de nos capacités.

LES PROBLÈMES DE CHUTE : MES CONSEILS

TOUT CE QUE J’AI ESSAYÉ

Je vais lister ici ce que j’ai essayé pour le stress de mon cheval et pour régler les problèmes de chute, mais sans détailler, car ça deviendrait beaucoup trop long. N’hésitez pas à m’écrire si vous voulez mon avis ou plus de détails.

Suppléments et produits naturels

Pâte pré-performance Good As Gold, Chill et Chill Ultra d’Oméga Alpha, Daily Gold de Redmond Equine, vitamine B1, oxide de magnésium, Horse-Plus de Purina, Horse Shield de Purina, Gear Down de CEP Canada, Zénitude de Lozana, L-Tryptophane, fleurs de lavande séchées, tisane de camomille. Évidemment, pas tous en même temps!

Équipements

J’ai essayé de changer de mors, de mettre des éperons, pas d’éperons, un tie-down, pas de tie-down, une whip, pas de whip, j’ai fait vérifier le fit de ma selle à plusieurs reprises. Pour être honnête, y a rien là-dedans qui a changé quelque chose.

Autres trucs

J’ai essayé de faire des cercles avant ma go, de me parker avant ma go, de me parker loin du ring, de beaucoup marcher, d’arriver d’avance au ring, d’arriver dernière minute, de rentrer d’avant/de côté/de reculon, de relâcher mes mains, de relaxer avant mon tour, de me chanter des chansons dans ma tête ou bien de focusser sur la musique qui joue au show. Les seules choses qui ont fait une différences sont de relâcher mes mains et de me concentrer sur de la musique (dans les haut-parleurs ou dans ma tête).

MES CONSEILS

Après des heures et des heures de recherche, d’essais et d’erreurs, d’expérience sur le terrain et beaucoup de défaites puis des victoires, voici ce qui a enfin fonctionné pour moi et mon cheval et ce qui, je pense, devrait être la marche à suivre lorsqu’on a un cheval anxieux qui refuse d’entrer dans la chute.

En premier : santé physique du cheval

La chose #1 à vérifier quand on a un cheval avec des problèmes de chute (surtout quand ça arrive du jour au lendemain) est si notre cheval a des douleurs quelque part. Que ce soit un petit bobo ou bien un problème plus grave, la douleur va inévitablement jouer un rôle dans le confort de notre cheval mais aussi dans son niveau de stress. Un cheval qui ressent de la douleur pourra facilement refuser d’aller travailler, un cheval qui a mal dans ses runs appréhendera la douleur et peut refuser d’entrer, etc. Souvent, les problèmes de santé associés aux problèmes de chute sont les ulcères d’estomac, les douleurs articulaires (arthrose par exemple) et le bleeding (EIPH), mais plusieurs autres peuvent être en cause.

La meilleure chose à faire est de faire passer votre vétérinaire pour un examen complet, de s’assurer que vous avez un BON maréchal-ferrant, de faire passer votre masso/chiro et de vous assurer d’avoir un plan d’entraînement adapté à votre cheval pour renforcer ses muscles sans pour autant lui causer de la douleur. Je rajouterais même ici le plan alimentaire adapté aux besoins de votre cheval puisqu’un cheval avec des carences ne sera pas en bonne santé physique. C’est la BASE pour avoir un cheval en forme, bien dans son corps, qui peut et veut performer.

En deuxième : entraînement du cheval

Après vous être assurés que votre cheval est en bonne santé physique et n’a pas de douleurs, vous pouvez passer à son entraînement. C’est important pour un cheval d’être entraîné régulièrement non seulement pour avoir une routine, mais aussi pour se maintenir en forme et être en capacité de performer au niveau qu’on leur demande. Si on demande à notre cheval de performer mais qu’on ne l’a pas préparé, on devra inévitablement retourner au premier point, car on causera des douleurs ou des blessures par manque de souplesse, de force, d’équilibre et de préparation aux chocs de la compétition.

Avec un cheval anxieux, c’est important de l’entraîner à revenir au calme et à se désamorcer. Lorsqu’on pratique les barils à la maison, qu’on ait une chute ou pas, c’est important de ne pas se diriger au premier baril avec un cheval qui n’est pas calme et présent, prêt à travailler. L’exercice super simple que mon amie me fait faire à l’entraînement avec Saphir est de faire des cercles dans le coin du manège (je n’ai pas de chute), commençant au pas ou au petit trot assis, puis au trot de travail, puis au petit galop, en accélérant seulement une fois que Saphir se calme et est prêt à travailler, léger dans mes mains. Cet exercice peut paraître simple et anodin, mais ça nous a beaucoup aidé.

Autre chose que je mentionnerais au niveau de l’entraînement, comme Rock Beaupré le mentionne dans sa méthode d’entraînement, il faut travailler à faire des bases solides à notre cheval avant de se lancer dans les barils. Une fois les bases bien acquises, l’entraînement dans les barils sera non seulement plus facile pour nous, mais aussi pour le cheval, et sera plus durable et se retravaillera plus aisément quand on rencontrera des problèmes, comme de la difficulté avec la chute.

En troisième : santé mentale/préparation mentale du cavalier

Ce point arrive en troisième, mais n’est pas moins important que les autres pour autant. On pense souvent tellement à notre cheval qu’on oublie de penser que c’est peut-être nous le problème (et souvent, c’est le cas). On parle peu de l’importance de la santé mentale dans notre sport, on parle un peu plus de la préparation mentale depuis quelques années, mais ça reste 2 sujets un peu passés sous silence.

La santé mentale dans notre sport, à mon avis, englobe principalement tout ce qui touche à l’anxiété (générale, sociale ou de performance) et l’estime de soi/la confiance en soi. Je n’ai jamais été gênée de dire que je suis une personne anxieuse, et enfin aller consulter afin d’avoir un meilleure contrôle sur mon anxiété a vraiment été une bénédiction, autant pour ma vie personnelle que pour la compétition. Pas pour dire que tout le monde a besoin d’être suivi ou médicamenté pour son anxiété afin de mieux performer! Mais si ça devient un problème pour vous, n’hésitez surtout pas à prendre contact avec votre médecin ou avec un/une psychologue. Maxine Godin en parle dans l’épisode de podcast qu’elle a fait avec La Grande RodéoMax l’an dernier (excellent épisode d’ailleurs), elle a consulté un psychologue sportif et détaille son expérience. C’est environ au deux tiers de l’épisode!

Après la santé mentale vient la préparation mentale. Les exercices de visualisation, de préparation, de respiration et de grounding peuvent aider grandement à gérer son stress avant nos runs. J’en parle dans quelques-uns de mes articles, notamment L’importance du mental pour la compétition et La confiance en soi pour les barrel racers (et comment mieux gérer son anxiété de performance).

Depuis mon diagnostic, mon suivi et ma médication, je suis une nouvelle personne en show, je suis beaucoup plus présente, concentrée et zen qu’auparavant. C’est rafraîchissant de retourner sur le circuit avec une nouvelle vision, une nouvelle attitude et une nouvelle confiance en moi et en mon cheval. Je vous encourage fortement à aller consulter si vous vivez la même chose que je vivais avant. Il n’y a pas de honte à demander de l’aide.

CE QUE JE FAIS ET QUI MARCHE POUR MON CHEVAL ET MOI

Je vous partage la recette gagnante pour mon cheval et moi, pas pour vous dire d’utiliser la même chose et que ça fonctionnera pour vous, mais pour vous donner une idée de choses à essayer si vous êtes rendu là dans votre parcours.

Pour mon cheval

  • Vétérinaire : 1-2x par année (plus au besoin).
  • Masso/chiro/ostéo : minimum 3-4x par année.
  • Maréchal-ferrant : aux 6 semaines l’été, 8 semaines l’hiver (selon ses besoins).
  • Support articulaire : Pentosan (injection intramusculaire pour préserver le cartilage et améliorer la santé articulaire) 2-6x par année (selon le besoin).
  • Nutrition : combler les besoins en vitamines et minéraux, ajout d’omégas-3, anti-acide pour l’estomac (Stoma-Coat d’Univet), MSM pour les articulations. En compétition : électrolytes, support pour réduire l’acide lactique (Ultra-Delay d’Univet) et support à la performance (Carbo Pack d’Univet).
  • Soins supplémentaires : poultice, Ice-Vibes, Back On Track, hydrothérapie, red light therapy.
  • Entraînement : pas trop de barils à la maison, focus sur les bases et le travail dans le calme, réchauffement et refroidissement au pas avant et après chaque entraînement.

Je ne veux pas dire que TOUT dans cette liste est LA seule et unique solution pour les problèmes de chute de Saphir et moi. Mais tout ça contribue à son confort, à son habilité à performer, à sa récupération après le travail et à son bien-être en général. Il n’a pas nécessairement besoin de tout ça, mais il le MÉRITE. Il travaille fort, autant physiquement que mentalement, il mérite d’être traité comme l’athlète qu’il est, aux petits soins pour son bien-être. Et je suis certaine que cette saison, il me rend la pareille.

Pour moi

  • Préparation mentale et gestion de mon anxiété (comme mentionné plus tôt dans l’article)
  • Me préparer à l’avance pour les départs en compétition
  • Me rappeler que je suis ma seule compétition (moi vs moi et non vs les autres)
  • Garder une vision positive peu importe comment ça se passe
  • Me grounder et me concentrer sur de la musique

ENFIN, désolée pour la longue lecture et merci d’avoir été jusqu’au bout! J’espère que vous aurez trouvé cet article intéressant et instructif et que si vous vivez des problèmes de chute avec votre cheval, vous y aurez trouvé quelque chose qui pourra vous aider dans votre parcours. N’hésitez surtout pas à m’écrire si vous avez des questions, ça me fera plaisir d’y répondre. Tout ce que je peux faire pour aider les gens vivant ce que j’ai vécu, je le ferai avec plaisir.

Je vous laisse 2-3 articles qui pourraient aussi vous aider. À noter que ce ne sont pas des sources pour mon article, mais des compléments. Les sources de cet article sont moi-même et mes expériences!

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