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Pourquoi les chevaux développent-ils des problèmes articulaires de plus en plus jeunes?

Ces derniers temps, j’ai vu quelques publications sur Facebook qui parlaient des problèmes de santé, mais surtout des problèmes articulaires, qui semblent être de plus en plus présents chez les jeunes chevaux. Une raison revient très souvent pour expliquer le tout : « c’est parce qu’on les débourre trop jeunes ». C’est vrai que le travail précoce peut jouer un rôle, surtout s’il est fait sans respecter la biomécanique et les capacités du cheval, mais est-ce vraiment la seule raison derrière ce problème?

À force de toujours pointer le débourrage du doigt, on oublie souvent de se pencher sur tout le reste. Pourtant, la santé musculosquelettique d’un cheval est influencée par une multitude de facteurs, parfois même avant sa naissance, et non seulement par le travail. La réalité est beaucoup plus complexe qu’un simple âge de débourrage. Explorons donc les raisons derrière l’impression qu’on a que les chevaux d’aujourd’hui, particulièrement les jeunes chevaux, ont plus de problèmes articulaires que par le passé.

Les jeunes chevaux développent-ils réellement plus de problèmes articulaires qu’auparavant?

Raison #1 : On fait des examens vétérinaires plus poussés qu’avant

Avant toute chose, il faut se demander si les chevaux d’aujourd’hui développent réellement plus d’arthrose (et autres problèmes articulaires) qu’autrefois, ou si nous sommes simplement meilleurs pour la détecter. Il y a quelques décennies, un cheval qui boitait légèrement, semblait moins performant ou changeait dans sa façon de travailler recevait souvent quelques jours de repos, un anti-inflammatoire, puis retournait au travail. Sans examens approfondis, il était difficile de savoir exactement ce qui se passait à l’intérieur de son corps.

Aujourd’hui, la réalité est bien différente. Les radiographies, les échographies, les gastroscopies, les IRM et d’autres examens spécialisés permettent de détecter des problèmes qui seraient probablement passés inaperçus auparavant. C’est un peu comme ce qu’on observe avec certaines conditions chez l’humain : lorsqu’on développe de meilleurs outils de dépistage et qu’on comprend mieux certaines problématiques, on diagnostique davantage de cas. Pensons ici aux troubles du déficit de l’attention, dont la prévalence diagnostiquée chez les 1 à 24 ans a quadruplé depuis le début des années 2000. Cela ne signifie pas nécessairement que le TDAH n’existait pas auparavant, mais plutôt que les pratiques médicales actuelles permettent de mieux le reconnaître, de le diagnostiquer plus tôt et d’identifier des cas qui seraient autrefois passés inaperçus.

Pour les problèmes articulaires de nos chevaux, c’est semblable. Nous sommes aujourd’hui capables de voir des changements articulaires beaucoup plus tôt. Un cheval peut donc recevoir un diagnostic d’arthrose, par exemple, alors qu’un cheval présentant les mêmes changements il y a 20 ou 30 ans aurait simplement été considéré comme « un peu raide » ou « moins performant ». Cela ne peut pas confirmer ou infirmer que nos chevaux n’ont pas plus de problèmes articulaires qu’auparavant, mais avant de conclure qu’ils sont devenus plus fréquents, il faut aussi tenir compte de notre capacité grandissante à les détecter.

Raison #2 : Nous sommes beaucoup plus à l’écoute de nos chevaux

Notre façon d’interpréter le comportement des chevaux a énormément évolué dans les dernières décennies. Un cheval qui refuse un mouvement, qui change d’attitude ou qui semble moins performant n’est plus considéré comme paresseux, têtu ou difficile. On cherche davantage à comprendre pourquoi.

Les propriétaires sont aussi de plus en plus sensibilisés au bien-être de leur cheval. Ils consultent plus rapidement leur vétérinaire, posent davantage de questions et sont plus nombreux à demander des examens lorsqu’un problème persiste. Bien qu’il soit évidemment préférable de consulter un professionnel plutôt que de chercher des conseils vétérinaires sur les réseaux sociaux, il faut tout de même reconnaître quelque chose : le fait que les propriétaires y posent des questions témoigne souvent d’une volonté de mieux comprendre ce que leur cheval essaie de leur communiquer. Ils sont plus attentifs aux changements de comportement, de performance ou d’attitude et cherchent des façons de les aider. De plus, nous sommes maintenant conscients que les chevaux, qu’ils soient de compagnie ou de performance vont nécessiter des soins ou de la maintenance pour qu’ils soient bien dans leur corps à travers les années et/ou les compétitions. Nous sommes donc beaucoup plus enclins à pousser nos examens et disposés à prendre les mesures nécessaires pour le bien de nos chevaux.

Les vétérinaires, eux aussi, ont fait évoluer leurs pratiques. On cherche aujourd’hui davantage à comprendre l’origine d’une douleur et à identifier sa cause plutôt qu’à simplement en traiter ou masquer les symptômes. On pousse les examens plus loin que les simples tests de flexion, on nous propose des traitements spécialisés qu’on avait pas il y a 10 ans (par exemple, le Shockwave ou la mésothérapie, entre autres) et on peut trouver des réponses qu’on n’aurait pas envisagées par le passé.

Cette évolution est une excellente nouvelle pour nos chevaux. Mieux les observer, mieux les écouter et mieux comprendre ce qu’ils nous montrent nous permet de leur offrir des soins plus adaptés et d’intervenir plus tôt lorsqu’un problème apparaît. Mais ça fait effectivement en sorte qu’on peut détecter les problèmes musculosquelettiques plus tôt, contribuant à cette impression que « les jeunes chevaux ont plus de problèmes articulaires » de nos jours.

Raison #3 : Oui, le débourrage peut avoir un impact

Même si ce n’est certainement pas la seule et unique raison, ce serait se mettre la tête dans le sable de dire que débourrer nos chevaux à un jeune âge n’a aucun impact.

Le squelette d’un cheval se développe pendant plusieurs années. Le consensus scientifique dit que le cheval atteint la maturité squelettique, au même titre d’un humain de 18 ans, à ses 2 ans environ. D’autres études mentionnent que certaines régions finissent leur développement plus tard, soit vers 3 ou 4 ans, allant même jusqu’à 5 ou 7 ans dans certains cas. Un jeune cheval peut donc sembler physiquement prêt à travailler alors que certaines structures sont encore en développement. Des entraînements très exigeants, des répétitions importantes ou une progression mal adaptée peuvent alors augmenter les risques de blessures ou contribuer à l’usure prématurée de certaines articulations. L’âge auquel on commence le travail compte, bien sûr. Mais il faut aussi regarder ce qu’on demande au cheval une fois qu’il est débourré : l’intensité du travail, la fréquence des entraînements, les surfaces, la répétition des mêmes mouvements, la récupération et la progression de la charge de travail. Le problème n’est peut-être donc pas simplement de savoir à quel âge on commence, mais aussi comment on entraîne le cheval une fois qu’on a commencé.

À noter aussi, ce n’est pas comme si nous avions soudainement commencé à débourrer nos chevaux beaucoup plus jeunes qu’auparavant. Depuis des décennies, et probablement même plus, de nombreux chevaux commencent leur travail monté à deux ou trois ans. Ça ne date pas d’hier! Il est donc un peu trop simple de conclure que les problèmes articulaires que l’on observe aujourd’hui chez les jeunes chevaux sont simplement causés par un débourrage fait trop tôt.

Raison #4 – La génétique influence beaucoup plus qu’on le pense

La génétique est probablement l’un des facteurs les plus sous-estimés. Depuis plusieurs années, certaines reproductions privilégient avant tout les performances, des couleurs flashy, les lignées populaires du moment ou le bridage le plus prestigieux possible. Malheureusement, ces critères peuvent parfois prendre le dessus sur la conformation, la fonctionnalité ou la solidité du cheval. Des aplombs moins favorables, des sabots trop petits ou des tissus plus fragiles peuvent modifier la façon dont les contraintes sont réparties sur le corps et, par conséquent, sur les articulations. Cela ne veut évidemment pas dire qu’un cheval parfaitement conformé ne développera jamais de problèmes articulaires : l’arthrose, par exemple, est multifactorielle et peut apparaître chez des chevaux présentant une excellente conformation. Mais certaines caractéristiques anatomiques peuvent augmenter les contraintes exercées sur certaines articulations et contribuer, au fil des années, à leur usure.

Il ne s’agit pas de dire que les chevaux d’aujourd’hui sont « moins bons » que ceux des années passées. Mais si certains critères de sélection ont changé, il est pertinent de se demander si nous ne créons pas, sans le vouloir, des chevaux chez qui certaines faiblesses peuvent se manifester plus tôt. Cela pourrait contribuer à expliquer pourquoi on entend aujourd’hui davantage parler de problèmes articulaires chez des chevaux encore relativement jeunes. La génétique n’est évidemment pas la seule explication, mais elle mérite certainement d’être considérée lorsqu’on cherche à comprendre pourquoi certains chevaux semblent développer des problèmes plus tôt dans leur carrière.

Raison #5 – La gestation et la croissance

On pense souvent aux problèmes du jeune cheval en regardant uniquement ce qui se passe après sa naissance. Pourtant, son développement commence bien avant. L’état de santé de la poulinière, son alimentation et certaines carences pendant la gestation peuvent influencer le développement osseux et articulaire du poulain. Une fois né, la croissance se poursuit rapidement et l’alimentation demeure un facteur important. Une ration trop riche ou mal équilibrée peut favoriser certains troubles du développement, comme l’ostéochondrose (OCD). À l’inverse, des carences en minéraux essentiels peuvent également nuire au développement normal des os, des articulations et des tissus.

Autrement dit, certains problèmes que l’on observe chez un jeune cheval ne commencent peut-être pas au moment où il est débourré ou mis au travail. Ils peuvent avoir été influencés bien avant, parfois même avant sa naissance.

Autres raisons à considérer

Même après avoir parlé du diagnostic, de notre évolution dans la perception de la douleur, du débourrage, de la génétique et de la croissance, il reste plusieurs facteurs qui peuvent influencer la santé articulaire d’un cheval.

Les blessures : Une articulation qui a subi un traumatisme ou qui a été endommagée peut être davantage susceptible de développer de l’arthrose par la suite. Une ancienne blessure qui semble complètement rétablie peut donc parfois avoir des conséquences plusieurs années plus tard.

La répétition des mouvements : Un cheval peut être relativement jeune, bien conformé et avoir été débourré à un âge raisonnable, mais subir malgré tout une charge importante sur les mêmes structures si son entraînement repose constamment sur les mêmes mouvements. Les virages serrés, les arrêts, les accélérations, les répétitions d’un même exercice ou encore le travail sur certaines surfaces peuvent tous contribuer à la charge imposée aux articulations.

Les conditions de vie : Un cheval qui bouge librement plusieurs heures par jour n’a pas les mêmes contraintes qu’un cheval qui passe la majorité de son temps au box. Le type de sol, la quantité de mouvement quotidien et la possibilité de varier ses déplacements peuvent tous influencer la santé musculosquelettique.

La récupération : Le corps a besoin de temps pour s’adapter au travail qu’on lui demande. Une progression trop rapide, un volume d’entraînement trop élevé ou une récupération insuffisante peuvent faire en sorte que les contraintes s’accumulent plus rapidement que le corps n’a le temps de s’adapter.

Au final, c’est rarement un seul facteur qui explique pourquoi un cheval développe des problèmes articulaires. C’est souvent une accumulation de plusieurs éléments au fil du temps. Et c’est justement ce qui rend la question beaucoup plus intéressante que simplement demander : « À quel âge a-t-il été débourré? ».

En conclusion

Alors, est-ce que les jeunes chevaux ont réellement plus de problèmes articulaires qu’avant? Et si oui, est-ce parce qu’on débourre nos chevaux trop jeunes? La réponse n’est pas aussi simple que ça.

Oui, l’âge et la façon dont on débourre et entraîne un jeune cheval peuvent avoir une influence. Mais ce n’est qu’un élément parmi plusieurs. Notre capacité à diagnostiquer les problèmes a énormément évolué, notre perception de la douleur et du comportement équin aussi. La génétique, la conformation, la croissance, les conditions de vie, les surfaces, la charge de travail, la récupération et même certains facteurs présents avant la naissance peuvent tous jouer un rôle dans la santé musculosquelettique d’un cheval. Et il faut aussi se rappeler que détecter un problème plus tôt ne signifie pas nécessairement que nous avons créé davantage de problèmes. Peut-être que nous avons simplement commencé à voir ce qui était autrefois invisible.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à améliorer dans notre façon d’élever, de débourrer ou d’entraîner nos chevaux, au contraire. Si nous avons aujourd’hui accès à davantage de connaissances et de meilleurs outils, nous avons aussi la responsabilité de les utiliser pour faire mieux. Plutôt que de chercher un coupable unique, soit « c’est parce qu’on les débourre trop jeunes« , il serait peut-être plus pertinent de se demander comment l’ensemble de notre façon de produire, d’élever, de nourrir, d’entraîner et de soigner nos chevaux influence leur longévité.

Le débourrage fait partie de l’équation. Mais il n’est certainement pas le seul facteur derrière le problèmes articulaires chez nos chevaux, jeunes comme moins jeunes.

Sources :

https://www.inspq.qc.ca/indicateur/developpement-des-jeunes/tdah

https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8698045

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